Challenge AZ: I comme inondations

Comme toute ville construite au bord de l’eau, Pontivy a souffert des inondations au cours de son histoire. Cependant, la canalisation du Blavet et la construction du barrage de Guerlédan ont totalement changé la structure du bassin hydrographiques du fleuve.

Quais de Pontivy lors de l'inondation de 1925. Archives municipales de Pontivy, Fonds Floquet.

Quais de Pontivy lors de l’inondation de 1925.
Archives municipales de Pontivy, Fonds Floquet.

Avant sa canalisation, le Blavet ressemble à un torrent assez paisible paisible durant les périodes sèche. C’est pourtant un fleuve important dont les eaux peuvent gonfler rapidement et provoquer d’importantes inondations. En témoigne la légende du « mystère du Blavet » collectée par François Cadic à la fin du XIXe siècle qui raconte que pour mettre fin aux caprices du fleuve les populations anciennes lui sacrifiait chaque année un nouveau né, enfermé dans un tonneau avec seulement une miche de pain, une bougie et un pichet d’eau. Tradition qui aurait perduré jusqu’à ce que l’un des enfants est survécu durant un an, apaisant définitivement le fleuve.

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Rue du Général Quinivet. inondations de 1925. Archives municipales de Pontivy, Fonds Floquet.

Sous l’Ancien Régime, chaque hiver, le fleuve menace de sortir de son lit pour envahir le faubourg d’Outre l’Eau, dégradant, les maisons et les routes et causant d’importants dégâts à l’industrie. Ces inondations dévastatrices sont souvent dues à des orages ou des épisodes pluvieux en amont du fleuve.

En 1773, un orage provoque une brutale montée des eaux. Des murs de maisons et de jardins sont emportés, les habitants perdent leur linge, des barriques de vin et de denrées alimentaires, le cuirs des tanneries est abîmé… Les sinistrés qui ont tout perdu ne trouve du réconfort que dans la distribution de pain qu’organise le duc de Rohan. Dans cette société d’Ancien régime, qui est fortement marquée par la religion et les superstitions, les crues dévastatrices du Blavet sont perçues comme des manifestations de la colère divine et acceptées avec fatalisme. Les pouvoir publiques (que ce soit la communauté de ville ou le duc de Rohan) n’entreprennent rien pour les prévenir. Il faut attendre la fin du XVIIIe siècle pour voir les premières mesures contre les crues.

A partir de 1778, la communauté de ville veut en finir avec les inondations qui touchent le quartier d’Outre l’eau et dompter une fois pour toute sa rivière capricieuse. Pendant la période des basses eaux, elle emploi toute la mains d’oeuvre disponible au curage du Blavet dont le lit est très ensablé au niveau du pont de l’hôpital. Mais cette opération coûteuse doit être renouvelée chaque année. Elle réalise également d’importants travaux de terrassement dans le faubourg. L’exhaussement de la chaussée est entrepris ainsi que la construction d’un mur le long des quais et l’aménagement d’un canal d’évacuation des eaux.

A la fin des années 1780, le bilan est mitigé. Le curage du lit du fleuve, bien qu’il a une certaine efficacité, est abandonné car trop coûteux. Quant aux travaux de voirie dans le faubourg il s’avère ruineux et sans effet. Plusieurs erreurs de l’ingénieur s’avèrent contre productives. En faisant rehausser le niveau des rues, celui-ci a notamment oublié de faire élever le niveau des portes des maison. Certaines portes se retrouvent désormais en dessous du niveau de la route.

Inondation au niveau d'une écluse. 1925. Archives municipales de Pontivy, Fonds Floquet.

Inondation au niveau d’une écluse. 1925.
Archives municipales de Pontivy, Fonds Floquet.

La canalisation du fleuve, qui commence sous l’Empire, semble cependant avoir jouer un grand rôle sur la régulation des crues. Si la période de travaux sur le canal du Blavet et le canal de Nantes à Brest connaît des crus importantes – on se rappellera que la crue de 1828 à emporté le pont de l’hôpital – peu de crues sont référencées entre 1830 et 1866. A voir la réaction de la population et des pouvoirs publics face aux crues qui réapparaissent dans les années 1866, il semblerait même que les pontivyens aient oublié ces crues dévastatrices qui touchaient la ville une centaine d’année auparavant.

Si les crues refont leur apparition dans le quotidien des Pontivyens c’est pour une raison qui est totalement indépendante des conditions climatiques. Au début des années 1860, l’État cherche à rendre le canal plus compétitif par rapport au chemin de fer. Il est donc décidé de relever le niveau du plan d’eau de manière à pouvoir faire passer des péniches d’un tirant d’eau plus important. Pendant près de 20 ans, la ville va connaître une série d’inondations importes. Mais les pouvoirs publics ne réagiront pas avant le début des années 1880, suite à deux inondations exceptionnelles.

Rues des fontaines. 1925. Archives municipales de Pontivy, Fonds Floquet.

Rues des fontaines. 1925.
Archives municipales de Pontivy, Fonds Floquet.

Dans la nuit du 22 au 23 août 1880, les habitants du quartier de Tréleau sont tirés de leur lit par une crue subite provoquée par des pluies torrentielles. Ils sont secourus par les gendarmes, secondés par les soldats du régiment de cavalerie, et sortis de leurs habitations où l’eau atteint parfois 1m50. Au moulin des Récollets, la farine et le grain sont entièrement noyés. Les communes voisines de Pontivy subissent également d’importants dégâts et plusieurs ponts sont emportés par les eaux. En février 1883, une crue extraordinaire provoquée par des pluies torrentielles ravage la ville. Les bateaux des entreprises de travaux publics Vernery sont emportés et causent de graves avaries à la passerelles du barrage de Lestitut. Ces avaries permettre à la ville d’exiger le rabaissement du niveau du fleuve. La ville ne connaîtra plus d’inondation importante jusqu’à celle de 1925.

Au début janvier 1925, après trois semaines de pluies incessantes, le fleuve sort de son lit. Dès le 2 janvier, les eaux commencent à envahir la rue des fontaines. Le lendemain, les rues du Général Quinivet, des moulins et des trois frères Le Cornec sont sous l’eau. Le 4 janvier, le centre ville , l’île des Récollets et le champ de foire sont, à leur tour, envahis par les eaux qui atteignent 2 m au dessus de l’étiage. Les environs de Pontivy sont également submergés. Il est impossible de rejoindre Lestitut par la route. La chapelle du Gohazé est en partie noyée. L’augmentation du niveau du fleuve ne s’arrête qu’au soir du 4 janvier. Il faut cependant attendre le 6 janvier pour voir la rue des fontaines libérée des eaux et des nappes d’eaux stagneront encore durant longtemps dans certains champs.

Gare de marchandise. 1925. Archives municipales de Pontivy, Fonds Floquet.

Gare de marchandise. 1925.
Archives municipales de Pontivy, Fonds Floquet.

Pour les historiens, l’inondation de 1925, présente un caractère exceptionnel pour plusieurs raison. C’est la dernière grande inondation que subit Pontivy avant la construction du barrage de Guerlédan et, par la documentation importante qu’elle a généré, elle donne une idée de ce que pouvait être les inondations avant sa construction. Par ailleurs, c’est la première inondation pour laquelle nous disposons de photographies.

La construction du barrage de Guerlédan va grandement changer les chose. En effet, si dans l’immédiat ses gestionnaires se préoccupent peu des inondations du Blavet, dans l’après guerre, le barrage va commencer à assurer un rôle de régulation de l’eau, tentant ainsi de limiter les effets des crues en faisant des lâchés ou, au contraire, en retenant les eaux en cas de trop fortes précipitations.

Même si les inondations sont moins fréquentes qu’il y a 200 ans, elles restent tout de même une préoccupations importantes pour les pouvoirs publics. En témoigne le « mur anti crue » construit cette automne le long de la rue des fontaines.

Fonds comportant des documents relatifs aux inondations:

-1J1077-1081 Sinistres, inondations (1925-1974)

-4O4: crues (1853-1975)

-Fonds Floquet: photographies

 

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