Challenge AZ N comme Notre-Dame-de-Joie

 

Comme nous l’avons vu lors du premier jour du Challenge AZ, les registres paroissiaux ne contiennent pas seulement des actes de baptêmes, de mariages ou de sépultures. Il arrive parfois qu’ils contiennent des documents d’un caractère exceptionnel. Le document qui nous intéresse ici, traite d’un événement qui sera à l’origine de l’un des pardons les plus importants de la région de Pontivy.

Dans les dernières décennies du XVIIe siècle, la région de Pontivy est frappée par une série d’épidémies particulièrement meurtrières. Cette épidémie qui frappe la région semble être devenue endémique. On en retrouve des traces dès 1679, alors que la mortalité moyenne à Pontivy connaît une augmentation importante. En 1690, la mortalité passe soudainement à 150 personnes dans l’année alors que la ville atteint à peine 4000 habitants. Dans les années qui suivent on compte en moyenne 130 décès par an. Nul ne sait tout à fait de quelle maladie sont atteints les habitants de la région. Le registre paroissial de Neuillac (commune limitrophe de Pontivy), précise qu’en septembre 1696, une épidémie importante de dysenterie a provoqué de nombreux décès. A partir des quelques détails qui nous sont parvenus sur l’épidémie, le docteur Liot a précisé, en 1965, que cette épidémie pouvait être une forme de choléra suraigüe. Mais ce ne sont que des suppositions. La détermination exacte de l’épidémie est impossible en raison du manque d’éléments descriptifs. La seule source dont nous disposons (les registres paroissiaux) est limitée par sa pratique. Les enfants morts avant d’être baptisés et les protestants n’y sont pas répertoriés. D’autre part, la rédaction du registre est, en elle-même limitée. Bien souvent, les enterrements y sont inscrits bien après la date à laquelle ils ont eu lieu. Certains sont même inscrits à plusieurs reprises. Dès 1690, ils ne sont pas inscrits chronologiquement. Cette absence de respect de la chronologie s’aggrave en 1696. Certains décès sont inscrits deux fois, parfois sur la même page, d’autres sont groupés sans chronologie à la fin du volume. Il semble donc que la mortalité est si importante qu’il devient compliqué de pratiquer des funérailles particulières. Stéphane Strowski, estime, au début du XXe siècle, que « un quart au moins de la population fut enlevée par le fléau ».

Devant l’impuissance des médecins à les soigner, conscients qu’ils n’ont aucun pouvoir face à cette épidémie, les Pontivyens se plongent dans la dévotion. Le 11 septembre 1696, la population de la ville fait un vœu solennel à la vierge. Dans une prière publique, retranscrite dans le registre paroissial, les pontivyens demande la protection de la vierge qu’ils reconnaissancent comme leur patronne en l’interpellant de la sorte :

« Très sainte et très digne Mère de Dieu, Reine du Ciel et de la Terre, Fille du Père Eternel, Mere du Fils, Epouse du Saint Esprit, Temple de la très sainte Trinité, Nostre Dame de Joie, Refuge des Pauvres pêcheurs de tous ceux qui ont espérance en vous ».

Au cours de la prière, les pontivyens supplient la vierge de « faire cesser la mortalité ». En signe de soumission, les bourgeois de la ville lui offrent une lampe en argent. L’épidémie s’arrête et dès l’année suivante les paroissiens en rendent grâce à la vierge. Depuis ce jour, le second dimanche de septembre, est organisé à Pontivy le pardon de Notre-Dame-de-Joie. Depuis 1697, le vœu est lu au cours de la cérémonie.

Voeu à Notre-Dame-de-Joie, 1696. Registre paroissiale de 1696. Archives municipales de Pontivy GG16.

Voeu à Notre-Dame-de-Joie, 1696. Registre paroissiale de 1696.
Archives municipales de Pontivy GG16.

 

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