Un futur maire de Pontivy en amérique

Alors que l’Espace kenere accueille jusqu’au 10 mars une magnifique exposition sur l’arrivée du Jazz en France avec le régiment noir américain des « Harlem Hellfighters » et son musicien vedette James Reese Europe et à l’après de la biennale du livre d’histoire de Pontivy « redécouvrir les Amériques », il est temps de revenir sur le parcours de poilus d’un futur maire de Pontivy qui fit le voyage inverse du célèbre régiment américain en se rendant aux Etats-Unis en 1918. Instructeur auprès de l’armée américaine, il s’y improvisa, le temps de quelques concerts, ambassadeur de la chanson française.

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Eugène Frotté (à gauche) dans la cour du quartier Clisson(fin 1914-début 1916) Archives municipales de Pontivy, fonds Robic.

Eugène Frotté naît à Saint-Mars-la-Jaille (Loire-Inférieure) le 6 mai 1894.

Lorsque la guerre éclate en 1914, il intègre le 146e régiment d’infanterie à Toul.

Devant l’avancé allemande son régiment se Replie sur Melun, puis sur Carcassonne. Frotté quitte l’infanterie pour entrer dans l’artillerie en décembre 1914.

Il découvre Pontivy lors de son intégration au 17e régiment d’artillerie qui est stationné en ville depuis l’automne 1914.

Le naufrage de l’Amiral Hamelin

A l’automne 1915, son régiment est affecté aux Dardannelles. Il s’embarque à Marseille sur le transporteur « Amiral Hamelin ». Le 7 octobre, le navire est torpillé par un sous-marin autrichien près du Cap Matapan, au sud de la Grèce.

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Transporteur Amiral Hamelin (1915) Archives municipales de Pontivy, fonds Robic.

Le canot sur lequel Eugène Frotté quitte le navire en perdition est coulé, à son tour, par trois obus. Ils ne sont que deux survivants. C’est alors qu’il sauve de la noyade le major Pichouron, médecin avec lequel il restera en contact toute sa vie. Ce sauvetage lui vaudra la médaille du mérité maritime. Ensemble, ils attendent les secours durant 8 heures. Finalement, les deux naufragés sont secourus par des matelots du navire anglais « Dunluce Castel » et sont rapatriés sur Malte.

Le retour sur le front

De retour en France, Eugène Frotté, est affecté au 42e régiment d’artillerie, lui aussi basé à Pontivy. Avec ce nouveau régiment, il combat à Verdun et dans la Somme. Il est blessé à Flaucourt en mai 1916 et évacué sur Villers-Bretonneux. A son retour, il intègre le 209e régiment d’artillerie de la 16e division coloniale.

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Le Brigadier Eugène Frotté (assis à gauche) sur le front de Monastir en 1917. Archives municipales de Pontivy, fonds Robic.

Le 20 décembre 1916, son régiment part pour Salonique sur le front d’Orient. Il prend part aux combat autour de Monastir (actuelle Bitola en Macédoine) où il est a nouveau Blessé. Atteint de fièvres paludéennes et de dysenterie, il rentre en métropole où il est placé en permission de convalescence durant deux mois.

En mission aux Etats-Unis

Une fois rétabli, il rejoint le 51e régiment d’artillerie à Nantes. Quelques mois plus tard, il est affecté comme instructeur à la mission militaire française aux Etats-Unis.

Embarqué à bord du paquebot « Espagne », il participe à un concert qui y est organisé en faveur du Secours National, dévoilant un talent de chanteur certain. Arrivé aux Etats-Unis le 5 juin 1918, il est affecté comme instructeur au camp de Fort Hill près de Doniphan en Oklahoma.

Eugène Frotté et Margaret Wilson

Les activités de Eugène Frotté en Amérique ne se limitent pas à l’instruction des soldats. En effet, ses talents de chanteur ayant été remarqué, il participe à des concert organisés dans les camps d’entraînement par le YMCA et le Jewish Welfare Board. Au cour de l’un de ces concerts, il rencontre la fille du président américain, Margaret Wilson, cantatrice réputée, qui vient elle-même chanter dans les camps d’entraînement. Les deux personnalités s’entendent à merveille et décident de chanter ensemble « La Marseillaise » à la fin du concert.

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Programme d’un concert auquel participe Eugène Frotté le 27 août 1918. Archives municipales de Pontiyv, fonds Robic.

Tous deux se retrouvent sur le Paquebot « Rochambeau » qui ramène Eugène Frotté en France au début du mois de Novembre 1918. Là encore, la traversée est ponctuée de concerts organisés pour distraire les passagers.

A son arrivée à Nantes, Eugène Frotté à la joie de pouvoir assister à la naissance de son premier enfant. Margaret Wilson, qui est venue en France pour chanter dans les camp américain, rejoint le jeune brigadier à Nantes et lui demande l’honneur d’être la marraine du nouveau né. C’est ainsi qu’à la fin du mois de novembre 1918, les journaux nantais multiplient les articles sur cet événement symbole de l’amitié franco-américaine.

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Programme du concert du 2 novembre 1918 auquel participent Margaret Wilson et Eugène Frotté à bord du paquebot Rochambeau. Archives municipales de Pontivy, fonds Robic.

Eugène Frotté s’établit à Pontivy comme courtier en grains vers 1920. Il devient un membre important de plusieurs associations d’anciens combattants dont celle des « Poilus d’Orient » dont il est le président. Il y occupe les fonctions de maire de 1935 à 1944. Il se retire ensuite à Cléguérec. Il décède à Guémené à l’âge de 89 ans.

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Articles de presse américain relatifs aux concerts auxquels Eugène Frotté à participé aux Etats-Unis en 1918. Archives municipales de Pontivy, fonds Robic.

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Articles publiés dans « Le populaire » relatif au choix de Margaret Wilson comme marraine du premier enfant de Eugène Frotté. (novembre 1918) Archives municipales de Pontivy

Eugène Fotté dans les archives municipale de Pontivy:

-Fonds Robic (11Z): ensemble de photographies, d’articles de journaux réunis par Eugène Frotté lui-même et remis à Louis Robic. Ces documents traitent de l’ensemble de la vie de Eugène Frotté.

-Fonds Blayo (4Z): contient une lettre décrivant le naufrage de l’Amiral Hamelin.

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